Non à l’obscurantisme ! Pour la liberté. Contre la terreur.

Samuel Paty, professeur d’histoire, a été décapité ce vendredi 16 octobre 2020 à la sortie de son collège dans la ville de Conflans, par un fanatique islamiste qui lui reprochait d’avoir montré les caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo, dans le cadre d’un cours d’enseignement moral et civique prodigué à des collégiens de 4ème sur la liberté d’expression. Précisons ici que le professeur avait proposé aux élèves qui le souhaitaient de ne pas regarder la caricature qu’il allait montrer si cela était de nature à pouvoir les choquer, et il avait ensuite dialogué avec tous.

C’est suffisamment grave pour que je fasse un article spécial sur Toysfab -on est loin des sujets habituels-, car c’est la notion de transmission de l’esprit critique, de la liberté de penser qui est ici mise à mal.
Je ne trouve pas les mots… J’essaye d’écrire cet article depuis deux jours que ce drame a eu lieu, et tous les mots me semblent tellement dérisoires…
Dérisoires face à l’horreur de l’acte commis, dérisoires devant le sentiment que la république est menacée par des personnes qui considèrent qu’elle doit s’effacer devant les prétendus commandements de leur religion, dérisoires face au fait que c’est UN PROFESSEUR de lycée qui a été désigné par une cabale de parents comme ennemi… de quoi ? de leur religion ? alors qu’il transmettait l’histoire et l’esprit critique à des adolescents… Dérisoires alors que l’on voit arriver le cortège de catastrophes qui ne sont que les conséquences de toutes ces conneries « on ne doit pas parler ainsi de ceci, de cela, cela offense untel, cela offusque unetelle » qui finissent par justifier tous les relativismes, toutes les victimisations (qui vous le savez appellent par symétrie des bourreaux)… et au nom du pluralisme des pensées on en viendra à justifier d’enseigner le créationnisme, les différences de races, l’infériorité des femmes, le refus des traitements médicaux etc.

Il n’y a pas de « oui, mais… »
Il faut combattre l’obscurantisme et l’ignorance par la parole, les idées et le savoir. Toutes les idées, toutes les croyances peuvent être discutées, et même moquées, c’est aux personnes que l’on doit le respect, pas aux idées.

Un des rôles essentiels des enseignants est d’enseigner l’esprit critique, qui fut l’apport des lumières… Voltaire disait « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »
(Dictionnaire philosophique portatif (1764), « Fanatisme ») le texte complet de Voltaire ici

Nous nous devons tous de publier aujourd’hui les caricatures du prophète, pour que la notion de blasphème ne soit pas consacrée de droit, et que les enseignants, non soutenus, s’abstiennent de risquer leur vie. Comme le disait Caroline Fourest : La peur est liberticide. Le courage est notre seul choix. Vive Charlie Hebdo ! Vive la liberté !

Je vous recommande donc le documentaire suivant pour tous (enfants et grands) : « C’est dur d’être aimé par des cons » de Daniel Leconte. Pour Samuel Paty. Pour transmettre cette pédagogie et déjouer les malentendus qui tuent.

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4 Responses to Non à l’obscurantisme ! Pour la liberté. Contre la terreur.

  1. Marie-Eve

    Hello,
    Pour le coup, je ne partage pas à 100% votre avis.
    Que Charlie Hebdo publie des caricatures, c’est dans son rôle de journal satyrique et qu’on soit d’accord ou non avec les messages transmis par ces caricatures la liberté de la presse est essentielle dans une démocratie. Qu’un professeur utilise des caricatures en support de cours, c’est pédagogique, il y a un but de faire progresser ses élèves et de leur faire développer leur esprit critique. Tout cela, je le comprend parfaitement.
    Mais inonder les réseaux sociaux et autres de caricatures juste « pour le principe », je ne saisis pas trop l’intérêt à part faire de la peine inutilement à une foule de croyants qui sont tout aussi écœurés par le terrorisme que les autres citoyens. Je n’arrive pas à voir en quoi c’est constructif, j’ai l’impression d’y voir un esprit « revanchard » dont l’effet sera de créer de l’animosité entre les gens.

    • FX

      Eh bien non je ne suis pas d’accord il ne s’agit nullement d’esprit revanchard, mais non seulement de s’assurer que les professeurs puissent continuer à faire développer l’esprit critique des élèves, car des profs me faisaient récemment part de la pression qu’ils ressentent pour éluder certains sujets d’enseignement, afin d’éviter les vagues… comment y résisteront-ils si ces sujets ne peuvent être librement abordés sur les réseaux sociaux ? Il s’agit donc également d’enfoncer le clou pour dire que non il n’y a pas de sujets de discussion tabous. Et que non ce n’est pas le bon réflexe d’éviter de faire de la peine à qui que ce soit en s’auto-censurant, ne tombons pas dans le piège de la victimisation. Lire à ce sujet l’excellent article https://www.nouvelobs.com/les-chroniques-de-pierre-jourde/20201020.OBS34966/aux-musulmans-et-en-particulier-aux-eleves-et-parents-d-eleves-qui-desapprouvent-les-caricatures-de-mahomet.html
      J’ai vu dans certains pays que je connais bien cette chape d’auto-censure tomber, qui fait qu’il est à présent impossible d’y aborder les sujets religieux ou politiques… et au final on ne peut plus à présent y parler que de bouffe et de foot, ce qui semblait il y a 20 ans totalement incroyable. Et ça je m’y refuse. Il faut donc expliquer, et ne pas renoncer.

      • Marie-Eve

        Ne pas s’auto-censurer, oui, évidemment, ça tombe sous le sens. D’où ma compréhension pour Charlie Hebdo et Monsieur Paty qui étaient dans leur rôle de journal satyrique et d’enseignant. Ils n’ont d’ailleurs pas présenté ces caricatures de la même façon, car leur but n’était pas le même, mais dans les deux cas ce n’était pas un acte gratuit.
        Ça reste différent à mes yeux du fait de rentrer exprès dans la provocation : ce n’est pas le même objectif, et à titre personnel je ne pense pas que ce soient les mêmes résultats non plus. Je ne vois pas comment la provocation augmentera l’esprit critique de qui que ce soit. Sans but pédagogique, ça ne peut que crisper inutilement certaines personnes (celles qui se victimisent, justement, pour tout et n’importe quoi et à qui on fournit ainsi de beau prétextes) et en attrister d’autres (la majorité silencieuse qui ne cherche pas à se victimiser), mais personne n’en sort grandi au final contrairement à un cours comme celui de M. Paty.
        En tout cas, c’est mon ressenti et je trouve ça dramatique de voir les gens se dresser les uns contre les autres. Heureusement que les réseaux sociaux ne reflètent pas la vie réelle !

  2. Marie-Eve

    Pour nuancer, je comprend ce que vous voulez dire par rapport à l’attachement à la fois à la science et aux professeurs, et en tant que prof de SVT forcément ça me touche et je vous en remercie 🙂
    Une seule fois, en plus de 10 ans de carrière, j’ai eu affaire à un élève obtus qui prétendait que les fossiles de dinosaures étaient en plastique ou que c’était des pièges créés par Allah pour éprouver la foi des gens. Je lui ai dit que c’était le modèle d’évolution communément admis par la communauté scientifique sur la base de nombreux arguments paléontologiques mais aussi génétiques que je lui ai exposés (en vain), et que de toute façon qu’il y croie ou non il faudrait bien qu’il l’apprenne et sache la réexpliquer pour le bac, la polémique s’est arrêtée là (je doute qu’il ait eu une brillante carrière scientifique par la suite). Ça m’a marqué, tellement ça m’a paru complètement idiot et incongru, mais une seule fois en 10 ans (soit + de 2000 élèves) c’est très anecdotique et tous les autres élèves de la classe y compris les autres musulmans avaient trouvé ses propos stupides et tenté de le raisonner. J’enseigne en région parisienne, je ne suis pas musulmane et je ne connais pas la religion de mes élèves, je peux juste dire qu’il y a une bonne proportion de prénoms portés également au Maghreb dans toutes les classes, et ni les professeurs d’Histoire-Géo, ni ceux de Philosophie, ni mes collègues de SVT n’ont jamais remonté le moindre problème avec un élève lié à la religion ou parlé de s’auto-censurer. Franchement, ce qui fait vraiment du mal à tous les professeurs, c’est le manque de considération et les réformes « préparées » par des gens qui ne sont plus sur le terrain depuis des années et sont un vrai casse-tête à appliquer.
    Pour réagir à l’article dont vous m’avez donné le lien, il est intéressant d’un point de vue historique mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec le message « religion = obscurantisme et absence de progrès technologiques ». La science et la religion ne font pas forcément mauvais ménage, tant que chacun reste dans son rôle. Il n’y a pas à chercher de vérités scientifiques dans la Bible, le Coran ou les autres livres religieux, les croyances (religieuses ou autres) ne peuvent pas expliquer le fonctionnement du monde à la place des démarches scientifiques, à contrario avoir la Foi et même être prêtre ou chanoine n’empêche en rien d’avoir par ailleurs une rigueur scientifique poussée comme en témoignent les travaux de Louis Pasteur, Gregor Mendel, Frans Alfons-Janssens (à l’origine de la découverte des crossing-over lors du brassage génétique), Nicolas Copernic, Georges Lemaître (précurseur de la théorie du Big Bang), mais aussi les savants de l’âge d’or islamique.

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