De l’intérêt des contes pour la structuration psychique des enfants, et du soin que l’on doit apporter à leur choix

« Mais qu’est-ce qu’un conte, sinon une vision différente de la réalité ? » Jean Van Hamme

Il y a peu de temps j’ai découvert une campagne de crowdfunding pour « une collection de contes pour enfants basés sur les histoires réelles d’entrepreneurs Game Changers« … énormément de monde semblait en être enthousiasmé dans les commentaires que j’ai lus sur les réseaux sociaux !

Pas moi.

Je trouvais même qu’il s’agissait d’une très mauvaise idée !

En premier lieu je trouve détestable cette tendance actuelle à glorifier voire déifier des startupper ou des « peoples », souvent en oubliant les vrais faiseurs souvent plus discrets, mais bon passons ce n’est pas le sujet…

Les contes de fées traditionnels, s’ils semblent déconnectés du réel en apparence, ont justement une fonction directement liée à cette caractéristique !!!

De nombreux psychologues et psychanalystes se sont penché sur la fonction des contes de fées, comme Carl Gustav Jung dans la ‘Dialectique du moi et de l’inconscient’, et en particulier Bruno Bettelheim, dans la fameuse ‘Psychanalyse des contes de fées’ , pour déterminer que les contes participent à la construction psychique des êtres humains.

Oui je sais vous allez me dire que cette aimable personne a raconté d’énormes c****ries et fait beaucoup de mal en particulier au sujet de l’autisme. Sa posture était celle du freudisme total, on a progressé depuis, mais cela n’empêche qu’il a énormément fait avancer la connaissance des ressorts psychologiques des enfants, et que cet ouvrage fait toujours référence.

La thèse que Jung a posé est que les contes permettent aux enfants d’’accéder aux « archétypes » : une connaissance culturelle et inconsciente propre à chaque civilisation, des « images virtuelles », que l’enfant se dessine petit à petit en fonction de ce qu’’il vit. Dans les archétypes, figurent par exemple le dragon, le roi, la grand-mère, la princesse, le vieux sage… Ces personnages constituent des forces psychiques qui ont le pouvoir, assure Jung, de « saisir et d’’émouvoir l’’individu ».

Bettelheim va plus loin en démontrant que ces textes transmis de génération en génération répondent de façon précise aux angoisses du jeune enfant. Le « Roi » et la « Reine » sont une image inconsciente des « bons » parents, comme la marâtre, la sorcière, l’ogre, font partie des fantasmes de l’enfant qui voit en ses parents, parfois non plus les « bonnes images », mais celle de parents méchants et frustrants. Ainsi édifié, l’enfant apprendra de la sorte à mieux appréhender et affronter ses angoisses et frustration.

Là où la relecture moderne les considère souvent violents et sanguinaires, les contes de fées populaires traditionnels reflètent en fait des conflits ou des angoisses apparaissant à des stades spécifiques de leur développement, et y répondent en les informant sur les épreuves à venir et les efforts à accomplir avant d’atteindre la maturité. Les contes aident l’enfant à découvrir le sens profond de la vie tout en le divertissant et en éveillant sa curiosité, et ont meme une valeur thérapeutique pour lui.

Les contes stimulent l’imagination de l’enfant et l’aident à clarifier ses émotions, mais aussi à conscientiser ses difficultés tout en lui proposant des solutions possibles aux problèmes qui le troublent, grâce à ce “double trajet” entre le monde extérieur et le monde intérieur, entre le réel et l’imaginaire.

Quelques exemple ? Blanche-Neige ou La Belle et la Bête abordent de grands thèmes comme le complexe d’Œdipe ou encore la rivalité fraternelle chez les enfants. Certaines versions des Trois Petits Cochons permet au jeune enfant d’intégrer la nécessité, pour grandir, de passer du principe de plaisir (régi par la prévalence du monde imaginaire, de la toute-puissance infantile) au principe de réalité (régi par les contraintes de la vie quotidienne, liées à la socialisation) tandis que d’autres versions ne le permettent pas.

Mais attention, comme le relève René Diatkine, l’analyse d’un conte ne peut mener à une signification unique. Dans l’analyse d’un rêve, la polysémie des personnages, des objets, des lieux et des actions permet d’aborder les formes les plus cachées de chacun de nous. De la même façon, dans le cas du conte, chaque “rôle” ne représente pas la totalité d’une personne, mais un de ses aspects, le produit d’une de ses identifications.

Alors forcément, à cette lumière on comprend que les versions édulcorées et lissées qu’en a fait Walt Disney, pour mignonnes qu’elles sont, non seulement ont perdu tout leur intérêt éducatif et initiatique, mais dans bien des cas orientent l’enfant vers des postures de repli, de fermeture là ou le conte original évoquait l’ouverture, la libération… Lisez cet article avant de me lyncher : http://www.psychologies.com/Famille/Enfants/Apprentissage/Articles-et-Dossiers/Il-etait-une-fois-selon-Disney
La démonstration est implacable ! Et vous verrez en particulier sur la place de la femme !!!

Il n’’est évidemment pas question de priver nos loupiots de films qui les captivent, mais un parent averti en vaut deux…

Les règles d’or en conclusion :

1- Gavez les enfants de contes !

2- Privilégiez le récit oral afin qu’ils développent eux-même leur imagination

3- Utilisez de préférence les version antérieures des contes

4- N’expliquez surtout rien aux enfants

Où l’on en conclut une fois de plus qu’en cherchant à protéger les enfants, on les met au contraire en danger en les privant d’une expérience qu’ils feraient d’eux-mêmes…

Voilà c’était la réflexion du jour en mode « bidouille sans conscience n’est que ruine de l’âme » 🙂  Je retourne à présent à mon pistolet à colle et à mes cartons.

quelques versions les plus recommandées (les frères Grimm, et Perrault sont en haut de la liste !) :
  • Le petit chaperon rouge : parmi les versions les plus célèbres celle de Perrault est beaucoup plus « soft » que celle des frères Grimm
  • Blanche neige et les sept nains : version des frères Grimm
  • Cendrillon : la version des Frères Grimm, ou celle de Giambattista Basile, ou éventuellement Charles Perrault
  • La petite sirène : conte original de Hans Christian Andersen
  • La Belle au bois dormant : celle des frères Grimm, l’histoire de Giambattista Basile, ou éventuellement celle de Charles Perrault qui s’en inspire
  • Le Belle et la bête : première version de Gabrielle-Suzanne Barbot de Villeneuve

Bruno Betteheim « Psychanalyse des contes de fées » (1976) dans toutes les bonnes librairies… (ou ici)

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2 Responses to De l’intérêt des contes pour la structuration psychique des enfants, et du soin que l’on doit apporter à leur choix

  1. Olivia Duval

    et puis la structure littéraire du conte, son schéma narrative développé par Vladimir Propp, est indispensable pour savoir écrire une rédaction:
    1) situation initiale
    2) élément pertubateur
    3) séries d’actions
    4) élément de résolution
    5) situation finale
    Quand les gamins ont été gavés de contes dans leur toute petite enfance, alors, arrivé en 6ème, ça passe tout seul pour faire la rédac!

    • fxf

      EXACT !
      mais bon ce schéma est justement appliqué tellement à la lettre par Disney que c’est est corseté, alors que les contes de Grimm s’autorisent des libertés…
      Aaaah on sent qu’il y a de la révision de la méthodo de storytelling pas loin 🙂

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